« Lettres à mes filles » : le combat bouleversant de Fawzia Koofi, première femme politique afghane

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Depuis que j’ai ouvert ce livre, impossible d’oublier l’histoire de Fawzia. Je ne connaissais pas cette femme, et en elle j’ai trouvé l’un de plus bel exemple de courage de notre monde contemporain. Son récit m’a énormément touchée et inspirée, et c’est pourquoi je souhaite vous le faire partager aujourd’hui. Je ne peux que vous en conseiller la lecture, qui vous apportera beaucoup : découverte d’une culture, d’une Histoire, émotion, admiration… J’y ai gagné pour ma part un véritable modèle.

Fawzia Koofi est née en 1975 dans une région isolée de l’Afghanistan : le Badakhchan. C’est là que débute son livre : elle conte son enfance heureuse dans une famille traditionnelle afghane. C’est un aspect qui, dès les premières pages, m’a passionnée : découvrir la culture de ce pays dont nous savons finalement peu en Occident, dès lors que l’on ne parle plus des talibans ou des attentats qui s’y perpétuent encore. Or, tout au long de son récit, Fawzia prend soin de décrire les coutumes et les croyances de sa patrie, qu’elle aime profondément malgré toutes les souffrances qu’elle y a vécu. Cela m’a d’ailleurs beaucoup impressionnée cette capacité de dissocier les dirigeants du pays et divers groupes idéologiques de la nation en elle-même, et de croire en ses capacités et son avenir, sans faillir.

C’est cette même foi qui anime Fawzia tout au long des multiples épreuves de sa vie, ainsi qu’une remarquable intelligence. Ce trait fait d’elle une femme à part en Afghanistan : en effet, elle a eu l’opportunité d’aller à l’école, ce qui n’était alors pas accessible aux filles (et même à tous dans certaines régions reculées). Mais sa mère voit en elle un enfant miracle après les circonstances difficiles de sa naissance, et l’encourage à accomplir ce chemin hors du commun. Les études deviennent dès son plus jeune âge un des centres majeurs de la vie de Fawzia, qui cherchera à tout prix à les poursuivre, même au fil des guerres et des exils.

Car la violence est part intégrante de ce récit comme de la vie de son auteur. Fawzia perd à trois ans son père et plusieurs membres de sa famille dans la première guerre d’Afghanistan, puis son existence se trouve à jamais bouleversée par la montée au pouvoir des talibans. Autant d’évènements qu’elle raconte avec une lucidité remarquable pour une femme qui en est victime. C’est un beau cadeau pour nous lecteurs d’apprendre de la bouche d’un des ses acteurs la véritable histoire de ce pays décrié. Pour ma part, j’en savais peu sur ce dernier, puisque seule l’image négative donnée par les attentats de 2001 en est livrée par les médias. Et l’on découvre avec Fawzia l’envers du décor, bien plus complexe : comment les talibans se sont imposés par la force à une population qui ne partageait pas leurs idéaux, comment ils ont détruit la culture et les ressources du pays par leur obscurantisme, anéanti des familles entières, réduit les femmes en objets muets, provoqué la terreur d’un bout à l’autre du territoire… Puis leur chute, les débuts hésitants d’une République pleine d’espoir mais aussi remplie de failles, ce que l’actualité démontre malheureusement. Tout cela, l’auteur nous le livre avec une sincérité tranchante, se mettant à nu, ne cachant aucun détail. Nous nous voyageons à travers elle dans les rues de Kaboul, brillantes avant la guerre, angoissantes pendant, dévastées par la suite. Le plus émouvant est la capacité de Fawzia à aimer son pays même à ses heures les plus sombres, à sans cesse en défendre l’essence encore. Être capable de prendre du recul quand sa vie, ses proches, s’écroulent autour de soi n’est pas donné à tout le monde et illustre la force de caractère incroyable de cette femme.

Une autre de ces preuves en est le parcours politique. En Afghanistan, seule une élite y a accès, et encore moins les femmes… Or Fawzia a su s’imposer et est devenue un symbole. Elle débute sa carrière en travaillant pour l’UNICEF et en faisant la promotion de l’éducation dans sa région natale. Cette fonction lui permet de construire un réseau, et de faire connaître peu à peu son nom. Je suis extrêmement admirative du travail qu’elle a fourni pour l’UNICEF, en ayant moi-même fais partie. Défendre l’importance de l’éducation dans un pays peu développé, essentiellement rural et aux mentalités durement modulables… Ce dévouement seul aurait suffit à faire de Fawzia Koofi une femme d’exception. Mais elle ne s’y arrêta pas. En effet, lors des premières élections législatives de son pays, elle réalise à la fois son désir ardent de servir la reconstruction de ce dernier et les dangers que cela implique. Après des débats houleux au sein de sa famille, dont le nom est respecté dans la région du Badakhchan puisque le père de Fawzia en fut député, ses proches acceptent de soutenir sa candidature… Un long combat pour légitimer cette dernière démarre, que je ne détaille pas puisque Fawzia le fait bien mieux que moi dans ses écrits. Ce qu’il faut retenir… C’est qu’elle est élue en 2005 à l’Assemblée nationale, réélue en 2010, où elle en devient la vice-présidente.

Ce parcours semblerait brillant dans n’importe quel pays du monde ; en Afghanistan, il est éclatant. Je ne pense pas que l’on puisse réellement prendre la mesure de ce que Fawzia a réussi à accomplir en se faisant élire, elle qui place au centre de ses chevaux de bataille l’éducation et les droits des femmes. Ce faisant, elle ouvre la voie de la liberté aux afghanes, mais risque sa vie chaque jour. Elle a d’ailleurs échappé à plusieurs attentats, et est consciente qu’elle peut finir par en mourir. Mais impossible pour elle de renoncer : elle se sent comme élue pour cette tâche. C’est la raison pour laquelle elle a écrit ce livre : adressé à ses filles, elle leur y explique que son engagement causera peut être sa perte. Mais que quoiqu’il arrive, elles ne doivent jamais renoncer à leurs études, à leurs droits. Et qu’elle leur livre ce témoignage afin qu’elles n’oublient jamais d’où elles viennent.

Les leçons que Fawzia délivre ainsi à ses enfants sont bouleversantes : parce qu’elle nous les donne à nous aussi.

Difficile pour moi de vous rendre compte dans cet article des émotions qui nous traversent en lisant « Lettres à mes filles », ou de vous expliquer l’intelligence percutante des réflexions sociales et politiques qu’y fait Fawzia. Seule la lecture elle-même pourra vous en révéler la puissance. J’espère de tout cœur que ce résumé vous donnera envie de vous y plonger : je vous assure que cela sera sans regrets.

 

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